Un petit bout de chemin avec Nounou Patricia

24 octobre 2020

Comprendre et mieux accompagner les nouvelles connaissances sur le cerveau

Nouvelle petite formation :

 

 SAVOIRS :
■ Les principaux apports des neurosciences affectives et sociales sur le développement du cerveau de l'enfant.
■ L'action des neurones miroirs et leur rôle dans le développement de l'enfant.
■ Le rôle des différentes hormones dans le développement du cerveau de l'enfant et sur son comportement.
■ Les bienfaits du plaisir et du maternage sur la maturation du cerveau.
■ L'impact des émotions sur le cerveau de l'enfant : l'importance de la régulation émotionnelle.
■ Les stress majeurs et les violences éducatives ordinaires.
■ Les effets néfastes du stress sur le cerveau et les troubles associés.
■ Les impacts d'une utilisation inadaptée des écrans sur la maturation du cerveau

SAVOIR-FAIRE :
Adapter ses pratiques professionnelles au regard des facteurs favorables au développement du cerveau de l'enfant.
■ Analyser les mécanismes du stress et de la peur sur le système nerveux et endocrinien.
■ Repérer les signaux d'alerte chez un enfant exposé à un stress.
■ Repérer toute situation de stress majeur et alerter les interlocuteurs compétents.
■ S'informer sur les neurosciences affectives et sociales pour actualiser ses connaissances via les relais d'informations appropriés et intégrer les évolutions.
■ Développer une démarche de questionnement sur ses pratiques et son accompagnement afin d'adopter une posture bientraitante.

SAVOIR-ÊTRE :
  • Être observateur

 

à lire :  Vivre heureux avec son enfant ( Catherine GUEGUEN)

           Au coeur des émotions

à voir : Même qu'on naît imbattables ! 


 

 

 

 

 

Posté par Nounou Patricia à 17:43 - Permalien [#]

01 septembre 2020

Bonjour à tous :)

 

Septembre rythme avec Adaptation 

 

 

L’adaptation côté bébés, parents et professionnels:

Pour la majeure partie des professionnels de la petite enfance, la rentrée de septembre annonce une période de travail intensif au niveau de la prise en charge des soins physiques qu'au niveau émotionnel. Ce temps ne porte pas le même nom selon les lieux : intégration, adaptation, temps de présentation, familiarisation, accueil. Le nom change mais pas les protagonistes. Ils sont trois et vivront d'une manière différente ce moment difficile pour les uns, voire angoissant alors que pour les autres ce  sera une simple formalité. C'est à partir de son expérience d'éducateur de jeunes enfants pendant 15 ans et, aujourd’hui, de psychologue en crèche et en analyse de la pratique, que Frédéric Groux propose une lecture croisée de cette période dite « d’adaptation » du point de vue des trois protagonistes : les bébés, les parents et les professionnels.

Du côté des bébés : une crèche, « ça n'existe pas »

Pouvons-nous imaginer ce que ressent un nourrisson lorsqu'il entre en crèche ? Probablement pas. Cependant, les soins ou gestes que nous lui procurons et qui l'apaise nous montrent ce dont il avait besoin ou envie. L'amélioration de l'accueil des jeunes enfants pendant cette période est-elle possible ? Certainement. Votre meilleure arme est la connaissance mais aussi ce vous ressentez lorsque vous êtes avec le bébé.

L'avant-crèche : tout tourne autour de lui
Pour une meilleure compréhension de l'adaptation du nourrisson, un petit voyage dans la période in utéro pourrait être nécessaire. Pendant plusieurs mois, la plupart des fœtus ont connu le paradis : ni sensation de faim car le cordon ombilical les alimente non-stop, ni de sensation de froid car le liquide amniotique varie peu en température mais, également, en goût et en odeur. Il est à l'écoute du corps et du cœur de sa maman et du bruit filtré de son environnement.
Puis vient l'accouchement, la découverte du monde. Il rencontre ses parents dans la plupart des circonstances mais c'est aussi les nouvelles perceptions de son corps : faim, froid et les émotions (pleurs, colère). De l'accouchement à l'entrée en crèche, le bébé apprend, avec l'aide de ses parents, le monde, un monde qui tourne autour de lui... C'est le fameux « dévouement » que Winnicott a décrit dans sa théorie de la « mère suffisamment  bonne » qui fait croire à l'enfant qu'il contrôle son univers familier.

Les parents, dès les premiers signes ou bruits, agissent pour apaiser le jeune enfant. Naturellement, les humains (homme, femme et enfant) réagissent biologiquement à la détresse des nourrissons. Les parents et le bébé se sont rencontrés et ont ajusté leurs comportements lors de ses trois premiers mois. Ils lui parlent et le nourrisson découvre son environnement sonore mais aussi physique. Très tôt, le nourrisson ressent le tonus musculaire, l'odeur, la voix de ses parents lors des soins quotidiens et différencie les gens par ces indices. Plus le bébé grandit, plus il prend conscience de son action sur son entourage. Il sait que lorsqu'il pleure, sa maman ou son papa viendra le calmer.

Pour certains, ils auront déjà eu l'expérience d'une première séparation chez les grands-parents. Pour être précis, le mot « séparation » ne convient pas totalement. Pour être au plus près du vécu du bébé, nous devrions plutôt dire « absence » qui indique la perte des perceptions sensorielles mémorisées, repères pour le nourrisson. Nous les avons déjà nommé : le son de la voix, l'odeur, le toucher si particulier de chaque parent (holding, handling) et sa façon d'être au monde. Lors de ce premier temps sans sa maman, il ressentira des perceptions nouvelles. Il découvrira une nouvelle façon de porter, de parler et d'agir. Le nourrisson sentira la différence sensorielle mais aussi d'investissements auprès de lui.
Nous le savons, certains parents sont plus anxieux que d'autres et seront constamment à anticiper les besoins du bébé alors que d'autres considèrent leurs enfants comme secondaires à leurs besoins d'adulte. Dans le dernier cas, c'est le nourrisson qui s'adaptera au rythme de la famille. Ce monde sera leur « sécurité » si nous pouvons utiliser ce terme. Ils ne connaissent rien d'autre et le monde doit tourner ainsi. Le descriptif n'est pas exhaustif mais dresse une première vison du monde du bébé avant ses premières heures à la crèche.

Un temps de rencontre et de nouveaux repères
Lors des premiers temps à la crèche, le jeune enfant est souvent accompagné de sa maman ou de son papa. Les locaux ne sont pas déstabilisants pour les enfants car ils sont curieux de voir et d'observer le monde qui les entoure. Ce qui préoccupe le jeune enfant, c'est la proximité, voire la promiscuité avec ses inconnu(e)s qui sont assises sur le sol. Le bébé est un être social génétiquement programmé pour le contact humain. Nous le savons depuis les années 80 et grâce aussi à de nombreuses recherches sur les jeunes enfants.
Les parents racontent le début de vie de leur bébé et ses habitudes de vie puis on lui présente souvent la professionnelle qui s'occupera de lui et on lui explique le « concept » de la crèche. Cette rencontre n'indique pas pour l'enfant l'inévitable : la séparation sur un temps plus ou moins long sans ses parents. L'enfant est social mais avec ses figures d'attachements et non avec toutes les personnes.

Pour les bébés, les mots se lient avec la perception du corps pour qu'ils prennent sens dans son existence. Le mot « faim » a pris sens lors des premières heures de vie quand il a commencé à pleurer et sa maman lui a dit : « bah c'est l'heure, tu dois avoir faim ». La répétition du mot et de la sensation ont ensuite pu être associés dans sa mémoire. L'enfant apprend par la répétition de son expérience (corporel et intellectuel) et si on prend le temps de lui expliquer les événements qui lui arrivent. Les mots « crèche » ou « séparation » n'existent donc pas jusqu'à ce que plusieurs séparations s'effectuent dans le lieu.

Le bébé qui a mis des jours à comprendre et découvrir ses parents se retrouve face à un langage corporel et verbal différent propre à un des membres de l'équipe. Il devra le décrypter et accepter cette aide nouvelle. Si nous voulons comprendre le ressenti d'un bébé, prenons comme exemple, il faudrait imaginer que du jour au lendemain, les panneaux du code de la route changent de signification. C'est-à-dire, celui qui indique le « stop » devient celui de l'« autoroute » et ce changement est valable pour tous les panneaux. De plus, vous avez été prévenu de ce changement dans une langue qui n'a pas de sens, pas de symbolique.
Bien évidement, il vous faudra du temps pour vous adapter car il faudra assimiler et comprendre les changements mais surtout que cela ne change rien à votre capacité de conduire votre voiture car elle n'a pas été modifiée. Seulement, tous les changements de repères demandent un effort d'acceptation et d'assimilation. Lorsque le bébé pleure, il s'attend à voir, entendre et se sentir porter d'une certaine façon. La professionnelle, malgré tous ses efforts, ne répondra pas à toutes les conditions physiques. Vous demanderez donc à des bébés de comprendre, d'accepter d'autres repères.

Tisser de nouveaux liens, ça prend du temps
Certains jeunes enfants trouveront facilement de nouveaux repères mais, pour d'autres, il faudra plus de temps. Ces enfants-là interrogeront les équipes. On parlera d'enfant « insécure » selon les termes de la théorie de l'attachement. Mais, il faut comprendre que cette théorie doit être prise en relation avec l'accueillant. Il arrive souvent que des enfants « sécures » avec leurs parents ne le soient pas ou plus à la crèche car l'institution n'a pas permis à l'équipe de mettre des repères et une stabilité dans les soins pour les aider se sentir en sécurité dans la section.
De plus en plus de jeunes parents sont très alertes sur les soins du bébé et montrent de très bonnes capacités dans la relation avec leur enfant. Or, quand ce bébé arrivera en section, il sera parfois dans une équipe débordée en période d'adaptation ou avec des problèmes de changement de personnel ou avec des intérimaires qui sont de passage. Pour ce bébé, les panneaux du code de la route changeront parfois plusieurs fois par jour.

Il est bien connu maintenant que le langage aide les bébés mais il est important de se « re »-présenter avant les soins, de redire ce que l'on va faire car l'enfant apprend dans la répétition. Les équipes sont souvent surprises de voir comment du jour au lendemain un bébé qui était en pleurs toute la journée se met à jouer ou à s'endormir facilement. On ne peut pas quantifier le nombre de fois où le nourrisson doit faire l'expérience d'un mot ou d'un soin pour se l'approprier mais nous savons que c'est la répétition dans un contexte de bienveillance qui accompagnera l'enfant sur ce chemin. La bienveillance sera d'accepter, sur une période, d'être plus présent pour certains enfants qui, de toute façon, le demanderont par leurs cris et pleurs.

Les bébés ont besoin d'explications sur les pleurs des autres enfants car le nourrisson ne connaît qu'un pleur, le sien. Il sera nécessaire de raconter les différences entre sa maison et la section, voire même entre les professionnelles. Si vous observez les bébés, ils vous montrent souvent ce dont ils ont besoin mais, pour cela, il faut regarder. De même, il faut permettre à certains adultes d'être moins dans le mouvement pour laisser le temps aux enfants de se séparer d'eux-mêmes en explorant leur section à l'inverse de les poser puis de partir et de donner l'impression à un enfant de revivre une « séparation ». Pour  se « dés-attacher », il faut déjà avoir créé un lien avec quelqu'un.

La notion de la « bonne distance » avec les jeunes enfants a longtemps pesé sur la pratique des professionnels : « il ne faut pas trop s'investir », « s'attacher », « prendre du recul ». Lors des premières absences, le bébé revient à des comportements plus immatures, il régresse. Il cherchera donc le contact avec un adulte qui l'écoutera et le sécurisera comme aux premières heures de vie. Si je devais donner un conseil aux accueillants pour les adaptations, ce serait de développer un « lien » avec l'enfant, c'est-à-dire que, pendant cette période, le jeune enfant ne devrait pas quitter vos pensées ou votre regard plus de 5 minutes.
Pour le bébé, le regard et les pensées sont les signes qu'on s'occupe de lui et donc qu'il n'est pas seul au monde. Dans les premiers temps à la crèche, lorsqu'il pleure et il découvre l'absence de sa maman ou de son papa, il se sent seul au monde, perdu. Il faudra beaucoup d'énergie physique et psychique pour palier cette absence.

La crainte d'avoir des enfants qui soient trop demandeurs de l'adulte est le signe d'un environnement peu attrayant. Les signes de bonne santé chez le bébé sont l'exploration visuelle et motrice de son environnement. Un geste simple à connaître est, dans les premiers temps, l'enfant doit être porté vers soi, puis à mesure du temps qu'il grandit, le tourner vers le monde, vers l'avant. En institution petite enfance, le repère n'est pas seulement le ou la référent(e) mais aussi le lieu (jouets, aménagement). Sinon, nous leurrons le nourrisson. Les enfants voient défiler, pendant les trois ans de crèche, un nombre important de têtes (turn-over, mutation, congé maternité, changement de section, stagiaires) mais les éléments qui ne changent pas sont souvent l'institution et le matériel. Un enfant sain ira de lui-même explorer le monde car son développement moteur et intellectuel le réclame et cette pulsion est plus forte que lui.

 

Du côté des parents : une deuxième co-naissance de leur bébé

Lors des entretiens avec les parents, à l'arrivée en crèche, on retrouve souvent deux discours. Vous avez les parents contents de retourner au travail pour des raisons différentes se sentant libérés avec l'entrée en crèche. Et ceux qui reprennent le travail mais auraient aimé prolonger le congé maternité mais ne le peuvent pas. L'arrivée en crèche fait émerger un autre discours plus sensible, plus intime que les parents délivrent au fur et à mesure de la période de l'adaptation. Ce discours en dit beaucoup sur la naissance et la rencontre avec leur bébé et révèle leur parentalité en construction.

La crèche, un univers souhaité mais un peu inquiétant
Pour une majorité de parents, obtenir une place en établissement accueillant des jeunes enfants (EAJE) est la quête du Graal. Depuis plusieurs années, les EAJE sont mis en avant pour le développement du bébé et les parents pensent donner de meilleures chances à leur progéniture en faisant ce choix. Lorsqu'on leur annonce cette « bonne » nouvelle, le parent imagine la crèche selon ses représentations, les récits d'amis, de la famille, des magazines et parfois selon la voix de la directrice qui lui a proposé une première rencontre.
Les premiers pas sont angoissants pour les jeunes parents. Lors d'une des visites, une maman a observé que tous les bébés étaient en larmes dans la section de sa fille mais elle n'en parlera pas. Pour un jeune papa, la crèche lui fait penser à un hôpital du fait des sur-chaussures, les tenues de l'équipe, les affiches sur les murs et ainsi que des gels hydro alcooliques. Les détails font émerger des craintes, voire des angoisses différentes selon les parents. La question sous-jacente est : « qui va s'occuper de mon bébé et comment ? »

La rencontre avec la référente de son bébé est toujours chargée d'émotion : joie ou déception. Cette émotion est la résonnance de détails anodins sans lien avec la capacité professionnelle : le son de la voix, la taille et même parfois l'âge. Nous rentrons dans l'intimité psychique du parent, c'est-à-dire, une personne lui fera penser inconsciemment à une autre personne. Ce sera une identification à la grand-mère - si la référente est âgée ou si la voix est grave ou forte - ou à la sorcière qui risque de faire peur... Peut-être n'est-elle pas douce ? Si la professionnelle a une attitude qui ne correspond pas à la famille (trop ou pas assez dynamique), les parents montreront des signes de méfiance, de défense.
Toutes les représentations sont associées à un affect qui colorera la relation entre la professionnelle et la famille au début de la rencontre. Mais, par chance, les accueils quotidiens feront évoluer les représentations des parents pour créer un lien parfois très fort lors du temps de crèche.

Des parents qui savent mais qui doutent et ont peur d’être jugés
Après la sortie de la maternité, il y a eu une première rencontre entre les parents et le bébé. Puis, une seconde rencontre révélera les connaissances apprises pendant les trois premiers mois sur leur bébé. Après des semaines à vivre et à s'occuper de leur nourrisson, les parents réalisent la somme de connaissances acquises sur lui : ce qu'il aime ou pas, sa position pour dormir, les signes de fatigue. Le parent découvre sa parentalité et a des convictions sur le bien-être de leur enfant.
Lorsque le recueil d'informations est assez ouvert et non sous forme de questions fermées, les parents livrent une véritable mine d'or sur leur enfant. Souvent, les connaissances des parents sont  teintées de doute. Ils évaluent leurs capacités parentales dans les interprétations qu'ils font concernant les questions et réponses des professionnels. Une jeune maman raconte en pleurant que lors de l'adaptation de ses deux filles jumelles, le personnel lui disait ce qu'elle devait faire pour ses filles sans se préoccuper de ses envies à elle et ses valeurs éducatives. Elle a eu le sentiment qu'on lui disait qu'elle ne savait pas y faire.

Le récit des trois premiers mois est parsemé d'expériences, de construction pédagogique avec les valeurs de la famille. Les professionnels ignorent parfois cette souffrance à trouver ses solutions en tant que parents quand le bébé a du mal à dormir ou à manger. Nous trouverons des rivalités entre le savoir du parent et de l'accueillante sur la manière de faire.
Souvent, le professionnel envisagera la solution du parent avec ce qui est fait dans la section ou par rapport aux « bonnes pratiques des professionnels ». Malheureusement, les parents n'ont pas ces connaissances de l'organisation de l'institution ou de diplôme mais ils estimeront connaître leur enfant mieux que personne. Dans cette situation, il ne sert à rien de lutter mais, dans un premier temps, mieux vaut accepter les conseils des parents. Une façon de renforcer la construction de la parentalité.

La période de l'adaptation est un point essentiel en confirmant aux parents qu'ils sont sur la bonne voie et qu'ils vous fournissent les informations pour travailler avec leur bébé. Puis, progressivement, le bébé s'adaptera au rythme de la crèche et vous serez dans un travail de coéducation avec la famille.

L'absence, le manque de leur bébé
Lors de l'adaptation, le parent redécouvre son enfant. A travers les regards des professionnels et par le biais aussi des comparaisons avec ses petits camarades et de son propre récit de ses habitudes de vie avec lui. Cette prise de conscience activera son lien d'attachement à son bébé. Les premiers temps de séparation avec le bébé indiqueront la place qu'il a pris dans la vie mais aussi dans les pensées des parents.
Une jeune maman a préféré faire le tour du quartier lors du premier temps seul à la crèche de son bébé. Elle avouera avoir entendu des enfants pleurer et elle imaginait que c'était son fils. Une autre évoque sa fuite de la section pour ne pas pleurer devant l'équipe. Une maman m'expliqua comment elle avait perdu la notion du temps lors de l'entrée de son fils à la crèche : « d'habitude, je fais à manger, je lui donne puis on fait la sieste et on sort mais là, j'ai rien à faire ! ».

Les parents sont sensibles car ils vivent autour du bébé avec un rythme de nourrisson. Ils dorment au rythme du bébé, mangent parfois des choses rapides car ils n'ont plus de temps. Dans les groupes de jeunes mamans, nous retrouvons régulièrement un thème : celui de la douche. Vous avez les mamans qui se lèvent tôt pour la prendre, d'autres la prennent à la sieste de 14 heures puis un petit groupe attend que le papa rentre du travail. Mais, vous avez aussi les mamans qui oublieront la douche ou d'autres détails de ce genre pendant les premiers mois du bébé.
Vous comprendrez aisément la charge émotionnelle de la première séparation où certains parents souhaiteront téléphoner pour prendre des nouvelles afin de garder encore un rythme pour penser à leur bébé : « je peux vous téléphoner après le repas ? ». Ces comportements ne sont en rien inquiétants. Ils montrent le changement de vie d'un couple à celui de parents mais il est aussi induit par le bébé qui est autant acteur dans l'attachement de ses parents qu'ils le sont dans le sien. L'enfant fait naître la parentalité.

 

Du côté des professionnels : l’adaptation un acte pensé et réfléchi

Pour de nombreux professionnels, la période d'adaptation est source d'angoisse et de fatigue. L'équipe a terminé un travail avec un groupe d'enfants avec qui des liens d'attachement s’étaient construits au cours de l'année précédente. Il va falloir tout recommencer. D’autant qu'après les vacances, la reprise se fait parfois avec un changement d'équipe au sein de la section ou de la crèche. Avec de nouveaux projets à la clef. Le professionnel des EAJE doit être un champion de l’adaptation à tous les changements !

La rencontre avec un bel inconnu ou plutôt de beaux inconnus
Septembre a sonné le glas de l'ancien groupe d'enfants et annonce la découverte de petits nouveaux. Evidement, cela coûte de l'énergie physique mais aussi affective. On en retrouve des petites traces dans des pettes phrases comme : « il me fait penser à un tel ou une telle ». Ce n’est pas de la nostalgie ! Mais le vécu avec d'autres bébés constitue une aide dans les adaptations. Cette expérience permet de s'adapter plus facilement à l'arrivée des nouveaux bébés car on n'est plus face à un inconnu mais à quelqu'un qui ressemble à un enfant avec qui on a plus ou moins aimé être. Puis les accueillantes affineront leur ressenti et découvriront des différences. Les paroles des parents commenceront à résonner dans  leur tête et elles parviendront à décrypter les signes et gestes du nourrisson. Dans un monde parfait, les professionnelles, en comparaison avec les parents, ne devraient avoir qu'une adaptation/rencontre de bébé à la fois.

Malheureusement, le travail en crèche demande d'être souple psychiquement car on s'adapte à plusieurs enfants/familles en même temps. Cela implique de se souvenir de petits détails qui ont de l'importance pour le bébé sur les « comment faire avec lui pour le sécuriser ». Il ne faut pas  hésiter à prendre des notes sur sa fiche quand le bébé montre des difficultés à s'adapter car, on le sait bien, la référence n'est que théorique donc nous vous serez amenés à partager ce savoir de l'intime. Vous pouvez recueillir certains éléments lors de l'échange avec les parents : la vitesse de la tétine du biberon ou sur la technique qui aide l'enfant à s'endormir. Vous entendez des phrases : « Ma collègue fait comme ça mais moi, je suis pas à l'aise avec ça donc je fais comme ceci ». Qui a fait le plus d'effort pour accepter ce changement ? Il est important que les accueillantes soient à l'aise mais, concernant l'enfant, comment estimons-nous son confort ?  
Il y a parfois une mauvaise interprétation de la part des accueillantes. On considère à tort qu'un enfant qui ne pleure pas a été bien adapté et un autre qui pleure ne l'est pas. Or, on néglige souvent l'importance du terme « adaptation ». Qui doit s'adapter ? L'enfant à la crèche ou la crèche à l'enfant ou le professionnel à l'enfant ? Nous observons souvent des bébés qui se sont adaptés aux rythmes de la crèche mais non l'inverse. Pourtant, dans le projet pédagogique et éducatif, il sera noté l'importance du respect du rythme de l'enfant mais, pour des raisons d'organisation de l'institution, il y aura souvent des entorses à ces projets.  

Les poupées gigognes de l'adaptation
Peut-on dire, que dans un premier temps, l'institution « crèche » s'adaptera au bébé ou devrais-je dire à la famille ? Que veut dire l'institution « crèche » ? Cela indique que l'équipe de direction mettra en place des plannings pour que la personne qui reçoit la famille soit la plus disponible et ne soit pas déjà avec un autre enfant en fin d'adaptation, par exemple. Cela montre également que la direction et les membres de la section s'organisent en amont et non en présence de la famille sur la disponibilité de l'accueillante et de la prise en charge des bébés dont qu'elle s'occupera. Le manque d'organisation sur les temps d'adaptation angoisse énormément les jeunes parents et, par résonnance, les bébés. Il est assez désagréable d'arriver dans une section et de voir un parent qui attend que la référente arrive ou soit indisponible pour eux. Il y a pire, quand personne ne savait qu'une famille devait arriver... Ce petit échantillon de situations laisse un espace où les jeunes parents observeront des moments sans la médiation d'un professionnel qui verbalisera la vision.

Une des tâches les plus importantes lors des temps de présence des parents dans la section est de décrire ce qu'ils observent comme nous le faisons pour les bébés qui arrivent. L'inconnu fait peur mais les mots expliquent et rassurent les situations qu'on ne maîtrise pas. Pour un jeune parent, un bébé qui pleure est le signe d'un mal-être. Or, pour le professionnel, cela mettre en avant un signe de sommeil, de faim. C'est une communication bilatérale entre l'adulte et un bébé. Vous montrez aux parents que vous connaissez individuellement les enfants et il en sera ainsi pour leur bébé. En préparant l'arrivée d'un bébé par des petits gestes ou une installation de jouets, c'est déjà un soin : nous sommes déjà dans le « holding » de Winnicott. Vous êtes déjà dans l'accueil, la rencontre de l'autre. Vous devez présenter aux enfants de la section le nom du nouveau bébé régulièrement car ils apprennent dans la répétition et il est indispensable de faire cet effort car vous êtes déjà dans la socialisation des enfants. Ils ne sont pas des objets mais des êtres de langage et qu'on les considère comme des sujets et non des objets.

Aucune adaptation ne se ressemble, tout dépend du bébé … ou (et) de ses parents
On confond parfois la capacité d'un « bon » accueillant avec la réussite chronométrée dans certains gestes du quotidien : l'endormissement, les repas ou les changes. Intégrer un bébé dans une section  ne signifie pas réussir à l'endormir en le berçant en trois minutes mais lui permettre de trouver son rituel d'endormissement propre à la crèche. Souvent, on finira par lui reprocher de solliciter un adulte pour la sieste. L'enfant sera accompagné dans les moments de la journée pour progressivement trouver sa façon de faire. Maria Montessori avait cette jolie idée de dire qu'un professionnel fait beaucoup en début d'année pour accompagner les jeunes enfants. Puis, en fin d'année, le travail mis en place pour autonomiser l'enfant devait lui permettre de rester assis sur une chaise et de seulement parler aux élèves. Evidement, cette idée doit être ajustée selon les sections et l'âge des enfants mais nous devrions déjà avoir cette optique lors des premiers temps avec les parents et l'enfant. Souvent, l'enfant s'endort seul chez lui et il montre sa capacité à trouver ses solutions si on lui laisse le temps et si on lui procure un accompagnement satisfaisant. Vous me direz : « mais la maison, ce n'est pas la crèche ! » et je vous répondrai que je suis d'accord mais la sécurité de base ou intérieure se construit en nous.

Nous accompagnons les enfants pour que leur estime d'eux ou leur sécurité de base ne changent pas selon les lieux et les interlocuteurs qui sont face à eux. C'est justement un travail qui commence à l'adaptation car si, dès les premières minutes dans la section, vous indiquez à l'enfant qu'il n'est pas apte de faire seul alors que vous prônez l'autonomisation dans le lieu, vous êtes dans un discours paradoxal. Il y a souvent un double discours chez les professionnelles : un discours verbal et un discours du corps qui se contredisent mais que l'enfant interprète et qui peut l'insécuriser. Ce double discours apparaît souvent dès la première séparation. Lorsque vous accueillez un bébé dans vos bras, vous remarquez que le parent hésite ou a du mal à vous le confier. Vous avez votre corps qui se tend et le bébé le ressentira mais vos mots diront que « ça ira » alors que votre corps signale un stress (cœur qui bat plus vite, geste hésitant, tension musculaire). Le bébé connaît bien ces signes et réagira par des pleurs. Parfois, selon son niveau d'anxiété, il faut éviter de toucher le corps de l'enfant pour ne pas le contaminer.
Accueillir ne signifie pas forcément porter mais reconnaître l'autre et sa capacité à être sécurisant. Il y a des familles où vous devrez faire le travail d'accueil juste avec les enfants. Dans certains cas les parents ne  trouvent aucun intérêt à l'adaptation car l'enfant a déjà été gardé. Dans d'autres situations, le parent sur la défensive parle peu ou encore l'adaptation est réalisée parla nounou, voire les grands-parents. Dans ces cas-là, vous travaillerez avec le bébé et vos outils seront l'observation, l'expérience, les réactions de l'enfant et les vôtres.

Mais, il existe aussi des situations où vous devrez rentrer en contact d'abord avec le parent quand l'enfant montrera des signes de refus. Vous les connaissez : l'enfant reste sur les jambes des parents ou près d'eux et refuse tout contact avec les personnes autour de lui. Vous utiliserez alors une technique qui consiste à obtenir la confiance des parents et un lien avec eux. A partir de ce lien, les signes que les parents enverront vers vous seront positifs et, l'enfant par imitation, pourra progressivement accepter votre présence. Cette méthode est parfois plus difficile pour certaines accueillantes qui restreignent les communications au sujet de l'enfant. Or, dans cette situation, vous devez justement passer à un sujet qui concerne le parent : son travail, ses passions. Le but est d'obtenir un lien avec lui car, souvent, le parent masque une anxiété qui aura un effet sur le comportement du jeune enfant. En faisant descendre l'anxiété du parent, l'enfant se détendra également et pourra abaisser ses craintes face à l'adulte.

Bien se connaître pour mieux accueilir l’enfant !

Un point important pour bien accueillir les familles et les jeunes enfants est à soulever : il faut se connaître pour bien rencontrer l'autre. Des bébés qui sont parfois en difficulté ne sont pas forcément des anxieux ou des angoissés. Il est important de faire l'évaluation de ce qui nous appartient et de ce qui appartient à la famille et l'enfant dans la difficulté de se sécuriser.

 

Posté par Nounou Patricia à 08:00 - Permalien [#]